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      "Le Par-don, un don à partager"

"Le Par-don, un don à partager"

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  • 15 mars 2019
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Retour sur la halte spirituelle du 10 mars 2019 . Après un temps de prière, l’intervenant de la journée, le Père Massarini, Lazariste, se présente : Niçois de naissance mais élevé en Périgord, il souhaite être prêtre depuis l’âge de 15 ans malgré la colère de ses parents.


Son ministère commence en Bolivie à 4000 m d’altitude, où il reste pendant 4 ans. À son retour, il est envoyé à Marseille dans les quartiers Nord. Il est actuellement au Berceau de Saint Vincent de Paul où il reçoit 800 jeunes par an et 1000 pèlerins par mois, d’avril à novembre. D’autre part, il est responsable de la Pastorale du Migrant et du Réfugié dans le diocèse.


Voici son intervention qu’il a intitulée : "Alors tu seras appelé à vivre et danser au rythme du pardon"


Le pardon est une hygiène de vie. Dans nos trois monothéismes, c’est un commandement et il faut que cela devienne une hygiène de vie, car si nous ne parvenons pas à pardonner, nous circulons avec le cœur chargé des personnes qui l’occupent et nous empêchent de lui faire libérer ses énergies : la communion, l’amour. Or le pardon est une chose des plus complexes et des plus difficiles à comprendre et à vivre. On entend rire autour de nous : « et toi si on te frappe tu tends l’autre joue », mais « la Bible ne dit-elle pas œil pour œil dent pour dent ? » disent d’autres : « ce n’est pas possible de pardonner quelqu’un qui t’a vraiment blessé ou c’est que tu ne sais pas ce que c’est ».

J’entends toutes ces remarques, et elles me touchent car elles rejoignent profondément notre personnalité, notre sensibilité. Mais je vous assure des gens vivent déjà ce message : je pense à cette dame d’une paroisse de Marseille dont le fils a été tué et disait sa compassion pour l’assassin de son fils (souhaitant le rencontrer lorsqu’elle arriverait au ciel et lui demander pourquoi il avait fait cette violence, elle disait aussi qu’elle priait chaque jour pour sa mère qui avait la douleur d’avoir un fils assassin et suicidé car il s’était suicidé en prison). Ou cette dame burundaise violée dans le génocide qui sera enceinte des suites de cette violence dans laquelle elle perd sa famille. Elle accueillera la petite vie en l’appelant « Don de Dieu » et créera un orphelinat… Si pour nous cela nous semble impossible, allons voir du côté de Jésus qui nous enseigne et met en œuvre cette loi d’humanité nouvelle : la seule humanité capable de créer la vie.

Dans le discours sur la montagne en Matthieu, Jésus ouvre la voie qui nous parait une attitude d’exploit, allons voir de plus près :

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudisse faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » Mt 5, 43-44

C’est une gradation pour ressembler à Dieu qu’il nous propose. Si vous entrez en amitié avec Dieu, le travail commence. Si vous voulez rester en lien avec lui, plus possible pour vous de dire ou penser : « jamais je lui pardonnerai », « pardonner c’est une affaire de faibles », « bien sur mon père, tendez l’autre joue, vous le faites, vous ? » nous affirme-t-on d’un air narquois.

Jésus est clair, pardonner est l’attitude de celui qui désire ressembler à Dieu, plus exactement, de celui qui cherche à ressembler à son créateur. Jésus nous invite à entrer de façon progressive : l’ennemi, retournez lui l‘affection dont tout humain est digne, et comme disait Gandhi, l’ennemi (celui que nous devons éliminer) deviendra adversaire, l’adversaire se transformera peut-être en partenaire et le partenaire un jour peut–être en collaborateur et pourquoi pas en ami…

Cette invitation nous conduit, à la demande de Pierre, à jésus qui jalonne ainsi la voie des relations humaines.

« Quel est votre avis ? Si un homme possède cent brebis et que l’une d’entre elles s’égare, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? Et, s’il arrive à la retrouver, amen, je vous le dis : il se réjouit pour elle plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi, votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu. Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Alors Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Mt18, 12-22

Et devant la crainte que ce processus n’épuise trop longtemps nos énergies, Jésus est clair : ce n’est pas une attitude de stratégie de combat mais une posture d’espérance pour que grandisse la sœur ou le frère.
Tu pardonneras jusqu’à 70 fois 7 fois ce qui dispose le pardon comme une attitude fondamentale du croyant. Elle devient lieu théologique d’espérance qui offre à l’être humain concret la seule chance de recréation permanente dont il a besoin pour vivre.

« ….. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » Luc 6, 27-36

Alors là, la mesure est pleine et pourtant, la voie et ouverte. Konrad Lorenz disait que les loups l’avaient inspiré lorsqu’ils avaient des batailles de meutes. Celui qui sent qu’il perd offre son garrot au vainqueur qui le sent et s’en va alors. Que fais jésus devant la violence : « si j’ai mal parlé montre-moi, si j’ai bien parlé pourquoi fais-tu cela ? » il s’agit de renvoyer l‘autre à sa violence, l’interpeller sans être violent pour qu’il tente de décrypter sa violence (l’exercice de la philo des enfants).

Lorsque Jésus est sur le Golgotha, il continue son offrande et regardons-le, là encore il parle de pardon. Les mots ont changé mais l’attitude est identique :

« Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu-dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort. » Luc 22, 32-34

Vous avez entendu, nous avons coutume de dire Jésus pardonne jusque sur la croix. Jusqu’alors il invitait à pardonner, disait que la seule voie était le pardon, et bien maintenant, il appelle le Père qu’il continue ce que sa force ne lui permet plus. Sa volonté n’est pas atteinte, c’est seulement sa force qui ne peut plus assurer.

Alors n’ayez pas peur du pardon et surtout ne renoncez pas. C’est lorsque vous renoncez que vous perdez votre compagnonnage avec Jésus. Vous n’avez plus la force ? Offrez au Père votre désir qu’il le creuse pour que sa volonté soit faite. Que sa volonté soit fête… la fête des humains réconciliés, capables de vivre en frères.


Alors un moyen tout simple pour vivre cette dynamique, un outil en 4 temps.


Une méthode pour travailler sur soi, car le pardon avant d’être un devoir religieux est une hygiène de vie. Car plusieurs facteurs nous retiennent ; la peur de perdre notre dignité (de quoi aurai-je l’air ?), la peur de perdre la face (après ce qu’il m’a fait je vais avoir l’air d’un tapis qui accepte tout).

A) ECOUTER SA COLERE

  • Ai-je cherché à ignorer ma colère, y ai-je fais face ?
  • Ai-je peur d’exposer ma honte ou ma culpabilité ?
  • Ma colère a-t-elle perturbé mon sommeil, ma digestion, mon équilibre ?
  • Suis-je obsédé par la blessure ou par celui ou celle qui m’a blessé ?
  • La blessure a-t-elle changé ma façon de voir le monde ?

B) DECIDER DE PARDONNER

  • Ai-je tenté des gestes, mots qui n’ont pas eu d’écho ?
  • Le désir de pardonner s’ouvre-t-il ?
  • Comment je décide de pardonner ?

C) TRAVAILLER LE PARDON

  • Comment je comprends ce qui est arrivé ?
  • Sur quoi je m’appuie pour revenir ?
  • Comment ma peine devient supportable ?
  • Qu’est-ce que j’offre à celui qui m’a offensé ?

(D) DECOUVRIR ET SE LIBERER DE LA PRISON DE L’EMOTION

  • Quel sens je donne à ma souffrance ?
  • En quoi retrouver la relation va m’apaiser ?
  • Qui autour de moi me fait tenir ?
  • Comment suis-je libre ?
    (...) Laissez-moi employer le vocabulaire de la guerre. J’aime ce vocabulaire : je fais la guerre, j’attaque, c’est ainsi que j’essaie de vivre. Mais je fais la guerre à moi-même, pour me désarmer. Pour lutter efficacement contre la guerre, contre le mal, il faut savoir intérioriser la guerre pour vaincre en soi le mal. Il faut mener la guerre la plus dure, c’est la guerre contre soi-même.Il faut arriver à se désarmer.
    J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.

Mais maintenant je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car « l’amour chasse la peur ». Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses. J’accueille et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets. Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs mais bons, j’accepte sans regrets. J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel est toujours pour moi le meilleur. C’est pourquoi je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur. « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? »
- Extrait de : Dialogues avec le patriarche Athénagoras par Olivier Clément

Le pardon n’est pas une baguette magique. Il y a le pardon du vouloir et celui du pouvoir : on veut pardonner mais on ne peut pas. Quand on peut, lorsque enfin la tête et le cœur finissent par être d’accord, il reste le souvenir, ces choses douloureuses qui remontent à la surface, qui troublent et raniment la haine. C’est le pardon de la mémoire. Ce n’est pas le plus facile. Il exige beaucoup de temps.
Durant dix ans, j’ai demandé tous les matins à Martine : “m’aimes-tu ? ” ? Je ne pouvais pas croire à son amour. Ma guérison s’est faite dans la durée. Oui, il faut du temps. J’ai eu la chance de rencontrer des gens vrais. Ils m’ont aimés avec l’empreinte de mon passé, ils ont osé accepter ma différence, mes soubresauts d’homme blessé. Ils ont écouté ma souffrance, et continué de m’aimer après les orages. Maintenant j’ai la mémoire d’avoir reçu.
Le passé se réveille à cause d’un son, d’une parole, d’un bruit, d’un geste, d’un lieu entr’aperçu .Un rien suffit pour que les souvenirs surgissent. Ils me bousculent, ils me griffent. Ils me rappellent que je suis encore sensible. J’ai toujours mal. Je ne serai peut-être jamais totalement pacifié. Il me faudra sans doute recommencer mon pardon, encore et encore. Est-ce les “soixante-dix fois sept fois” dont parle Jésus ?

"Pardonner ce n’est pas oublier. C’est accepter de vivre en paix avec l’offense. Difficile quand la blessure a traversé tout l’être jusqu’à marquer le corps comme un tatouage de mort. J’ai récemment dû subir une opération des jambes : les coups de mon père ont provoqués des dégâts physiques irréparables. La douleur se réveille souvent ; avec elle la mémoire.
Pour pardonner, il faut se souvenir. Non pas enfouir la blessure, l’enterrer, mais au contraire, la mettre au jour, dans la lumière. Une blessure cachée s’infecte et distille un poison. Il faut qu’elle soit regardée, écoutée, pour devenir source de vie. Je témoigne qu’il n’y a pas de blessures qui ne puissent être cicatrisées par l’amour”.

Tim GUENARD, Plus fort que la haine. p. 268-269.

P. Bernard Massarini c.m., le 10 mars 2019.


Temps d’échange avec la salle. Réactions autour du propos.


- Le pardon a pris un sacré coup ces derniers temps. Gros échange sur le manque d’espérance de ce que nous montrent les représentants d’Eglise. Nous sommes actuellement montrés du doigt. Il ne fait plus bon se témoigner chrétien ! L’église est tournée en dérision.

- Une vraie souffrance est exprimée par les participants à propos de la souffrance causée aux victimes de clercs normalement au-dessus de tout soupçon et auprès desquels nous accrochons nos espérances de croyants. Comment des prêtres peuvent-ils attenter à l’intégrité physique et psychique de jeunes ou bien abuser des religieuses, les obligeant parfois à avorter ?

Où sera notre pardon à l’égard de l’institution "Eglise" qui a mis ces faits sous l’éteignoir ?

Quel paradoxe que cette même Eglise veuille régenter la sexualité des laïcs, mettant l’opprobre sur l’homosexualité, refusant la contraception, refusant la communion aux divorcés remariés…. !

- Notre conviction de croyants, certes laïcs, mais baptisés, aimant l’homme et l’humanité, reconnaissant la primauté de l’humanisme sur l’interdit tellement névrotique de la sexualité, veut promouvoir une vraie évolution de l’Eglise avec des parcours de prêtres avec, pourquoi pas, des vœux temporaires renouvelables, l’accès à la prêtrise de personnes hommes ou femmes mariés, et une célébration de foi qui ne soit plus centrée sur le cléricalisme.

- Le pardon ne pourra survenir que parce que les choses seront dévoilées, les colères et les souffrances seront exprimées, les victimes reconnues et qu’au bout du chemin, une nouvelle façon de "faire Eglise" sera proposée.
Mais parce que notre espérance en Christ est plus forte que cette colère, nous serons présents à notre "devenir d’Eglise".

« Je suis le cep, vous êtes les sarments ». Une rencontre comme aujourd’hui nous permet de vivre l’essentiel. Quoique blessés dans notre confiance en l’Eglise, il faut soigner notre blessure pour retrouver un cœur saint dans un corps sain.
Le père Massarini nous propose de communiquer notre point de vue et conclusion de ce jour sur le site sur la conférence chrétienne des baptisés de France (CCBF).

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